En 1904, grâce aux résultats prometteurs des sondages menés quelques années plus tôt par la Compagnie des Mines d'Aniche, la fosse de DESSEVALLE voit le jour. L'ouverture d'une 2ème fosse deux années plus tard confirme la découverte d'un gisement de charbon de bonne qualité et qui paraît être "inépuisable".

La production intensive qui en découla posera vite le problème de l'endroit où seraient stockés les déchets de terre et de pierres issus du triage du charbon après sa remontée des fosses. Le choix de cet endroit se tourne vers une vaste étendue de marécages située sur la rive droite de la Scarpe. Cette zone "sans intérêt" couverte de roseaux permet alors d'envisager une longue et progressive période d'exploitation. Jusqu'en 1911, le terril de Rieulay ressemble plus à une décharge qu'à un terril...Il faudra attendre 2 années pour mettre en place les infrastructures (rails, ponts) nécessaires à son exploitation.

Lors du 1er conflit mondial, les puits et le terril resteront improductifs. A la fin du conflit, on estime que le terril s'étend sur 15 à 20 ha et ayant en moyenne 2 à 3 mètres de hauteur de déblai, soit 400 000 m3 de terres.

La reprise de l'extraction ne sera effectuée qu'en 1920, en raison des derniers sabotages du conflit, et ne connaîtra alors aucun déclin. Au début du second conflit, le terril se dresse aux environs immédiats du village de Rieulay, juste derrière la place centrale.

Contrairement au conflit de 1914, l'activité minière ne s'arrêtera pas puisqu'elle profite à l'effort de guerre. Durant cette période, malgré les interdits et les rondes des gardes, la "glane du charbon" est une raison de vivre car il servait de troc pour obtenir du ravitaillement. Cette pratique subsistera jusqu'à la fin de la pénurie de charbon.

Au lendemain du conflit, la Compagnie d'Aniche est nationalisée par ordonnance gouvernementale. Le nouvel organisme, les Houillères du Bassin du Nord/Pas-de-Calais, devient alors gérant et propriétaire du terril. L'objectif national est alors de sauver l'économie française. Pour cela, il faut intensifier au maximum la filière charbon, il faut que les mineurs gagnent la "bataille du charbon". Pour faire face à cette expansion, les Houillères nationales lancent un programme foncier pour amener progressivement l'exploitation sur 140 ha.

A partir de 1966, le terril voit son plan de déchargement diminuer. L'activité des lavoirs de Somain diminue et donc également l'apport des résidus. Cette année marque le déclin de l'extraction minière dans le Douaisis. En 1970, lorsque cesse l'exploitation de la décharge, le terril s'étend sur 140 ha représentant 8 à 10 millons de m3 de rejets.

Pourtant l'histoire du terril de Rieulay ne s'arrête pas là. En effet, en 1975, les Houillères nationales décident de réouvrir le terril pour retraiter les déchets qui s'y trouvent et qui détiennent un pourcentage de charbon rendant l'opération de retraitement rentable. Le charbon ainsi récupéré est utilisé pour le fonctionnement de la centrale thermique d'Hornaing. Après l'abandon de l'exploitation par le chemin de fer, les transports se font par camions. En 1988, le lavoir Barrois est abandonné. Les Houillères nationales cèdent alors à la commune 10 ha, exploités et situés tout contre le village et créent, avec une société privée, une filiale TERCHARNOR qui installe sur le site un lavoir adapté à ce genre de matériaux.

Les terrils souvent présents dans la région minière du Nord/Pas-de-Calais ont toujours été perçus comme des témoins, voire des fantômes du passé. Rieulay entend aujourd'hui donner à son terril une nouvelle place. En effet, ce village a toujours considéré son terril comme une source de développements futurs.

LE DEVELOPPEMENT DU TERRIL :

En 1977, lorsque l'exploitation par couches successives (historique du terril) en utilisant le chemin de fer ne permettait aucun réaménagement, le Maire a toutefois obtenu qu'un essai soit fait en bordure de l'exploitation, contre le village. Un étang a donc été creusé, ses berges plantées. Devenu l'étang de pêche communal, il a montré qu'une remise en état pouvait rapidement aboutir à un nouveau paysage naturel.

Lorsqu'en 1988, l'entreprise Tercharnor s'installe sur le terril, une collaboration exemplaire avec la commune permet d'organiser un réaménagement de la friche au fur et à mesure de l'exploitation selon un schéma directeur préalablement établi. En effet, un espace tampon ( le parc des Argales) fut négocié où les deux parties avaient compris le bénéfice quelles allaient en tirer. Cela fut possible grâce à la volonté de ces deux parties de travailler en synergies, de se concerter pour savoir comment réaménager le site en fonction des exigences de l'exploitation et de celles des villageois.

Cette politique volontariste en matière de développement durable a débouché sur une stratégie de réaménagement du site en trois axes:

1. Développement économique :

Sous maîtrise d'ouvrage de la commune et avec l'aide financière du Département, de la Région, de l'Etat, de l'Europe et des entreprises, une Maison du terril a été construite en partenariat avec le centre historique minier de Lewarde, les entreprises Tercharnor et Apinor, l'E.N.R, l'Université. La partie muséographique portant sur le thème "Terril, Pyramide de vie" met l'accent sur le fait que les terrils ont toujours été des lieux de vie et pas seulement des témoins du passé.

Cette maison est le point de départ d'une aire d'activités économiques sur le thème de l'environnement. L'entreprise APINOR (filliale de TERCHARNOR spécialisée dans la revalorisation des friches industrielles et plus particulièrement dans la dépolution des sites) y est installée et développe dans son laboratoire une recherche sur la dépolution par bioremédiation. Un bâtiment de service commun et d'accueil pour les entreprises d'ingénierie de l'environnement sur l'espace situé en face de la Maison du terril est fonctionnel depuis fin 2001.

2. Développement du tourisme de loisirs :

Un effort a indépendamment été accompli sur le site du terril en matière de tourisme et de loisirs. Les dix hectares proches du village sont aujourd'hui aménagés en un espace de loisirs plein air, le Parc des Argales, et d'une plage artificielle.

Ces travaux réalisés sous la maîtrise d'ouvrage communale ont été financés par la Commune, le Conseil Général pour les bâtiments par le biais du Fond d'Equipement des Communes Rurales, le contrat Etat/Région au titre des "friches industrielles" avec des apports européens et enfin l'Etat à travers des crédits GIRZOM.

Au fur et à mesure de l'exploitation, TERCHARNOR remodèle et aménage l'assise devenant disponible ( plage en herbe, parking, chemins) et crée ainsi un terril de seconde génération. Ce travail est planifié en partenariat avec la commune de Pecquencourt et les chargés de mission du Parc Naturel Régional Scarpe/Escaut et de l'Etablissement Public Foncier Régional.

3. Développement environnemental :

Rieulay est une commune adhérente au Parc Naturel Régional Scarpe/Escaut. Cette adhésion résulte d'une volonté profonde de mener une politique forte en matière d'environnement. Dans la stratégie de réaménagement du site, une partie est entièrement consacrée à l'environnement et plus particulièrement à la création d'une réserve naturelle volontaire, d'une réserve ornithologique, d'un conservatoire de plantes spécifiques à ce milieu, et un secteur consacré à la géologie.

Ainsi, en utilisant cette friche au fur et à mesure de son exploitation, Rieulay a transformé son handicap en facteur de développement grâce à une coopération exemplaire entre tous les partenaires qu'ils soient institutionnels ou économiques.

 

La fête du terril et de l'Environnement

L'historique du terril de Rieulay